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Défauts de paiement: l'épidémie s'étend à l'Europe entière


Alors que les instances européennes locales, régionales et centrales injectent des milliards d'euros dans l'économie pour éviter l'effondrement complet des marchés, une solution pourtant évidente est presque systématiquement négligée. Pour huiler et relancer la machine économique, il suffirait de promulguer une loi généralisant la lutte contre les défauts et retards de paiement.




Pour la première fois depuis de longs mois, les observateurs décèlent certains signes positifs. La reprise économique serait proche. Après une longue période de débâcle, on voit enfin poindre le bout du tunnel, du moins si l'on peut en croire certains experts et organisations réputées. Le FMI annonce la fin proche de la récession mondiale, mais ajoute que la véritable reprise ne sera pas pour demain. Une opinion partagée par Guy Quaden, le gouverneur de la Banque Nationale de Belgique. Ses homologues néerlandais et allemand, Nout Wellink et Axel Weber, prédisent une reprise économique dans l'Eurozone dès l'été 2010. Si l'on y ajoute l'envolée boursière des dernières semaines, on peut effectivement espérer que l'œil du cyclone est bel et bien passé.

Ce bel optimisme fait chaud au cœur. Pourtant, nous ne sommes pas encore au bout de nos peines. Loin de là. Car plusieurs indicateurs sont pour le moins préoccupants, tels que la progression du chômage et la contraction des investissements. Autre paramètre trop souvent négligé: les mauvaises habitudes de paiement en Europe. Les consommateurs, les entreprises et les pouvoirs publics n'ont jamais payé leurs factures aussi tard qu'aujourd'hui. Or, ces retards de paiement sapent la reprise naissante et portent directement atteinte à une économie déjà fragilisée.

La situation est-elle réellement si catastrophique? Pour connaître l'ampleur du problème, citons quelques chiffres. En Europe, les factures sont payées en moyenne après 57 jours. Soit avec près de quatre semaines de retard. Pire: ce délai de paiement n'a cessé de s'allonger au cours de l'année, avec un accroissement de 1,5 jour par rapport à 2008. Par ailleurs, la proportion de factures impayées, et devant donc être passées en pertes et profits, a atteint un niveau record de 2,4%. En 2008, ce pourcentage n'était que de 2,0%. L'encours total de factures impayées en Europe culmine actuellement à 270 milliards d'euros.

Ces chiffres proviennent de l'European Payment Index 2009 (EPI), la plus vaste analyse des habitudes de paiement en Europe. Par le biais de cette radiographie, Intrum Justitia étudie année après année le comportement de paiement des acteurs économiques dans 25 pays d'Europe. Plus de 5.000 entreprises ont répondu au questionnaire 2009 de l'EPI. Ces réponses sont combinées à des données économiques locales afin de brosser un tableau aussi fiable que possible pour chaque pays, mais aussi pour l'Europe entière. Or, ce tableau révèle des situations insoutenables.

Aucun espoir d'amélioration ne se profile à l'horizon. Les chiffres de l'EPI révèlent au contraire une aggravation des retards de paiement. Une étude de la solvabilité du commerce de détail en Europe indique en outre que les pertes de ce secteur iront en croissant au cours des 18 prochains mois. Apparemment, il n'existe donc aucun espoir d'amélioration à court terme de la situation dans ce secteur.

Or, comme le révèlent toutes les études et observations pratiques, une personne ou entreprise qui doit attendre pour obtenir le paiement de ses factures deviendra généralement elle-même un mauvais payeur. Il se crée ainsi un cercle vicieux de consommateurs, entreprises et instances publiques qui sont autant de mauvais payeurs, et qui répandent ainsi leur 'épidémie' dans toute l'Europe. L'économie européenne en est la première victime. Car les entreprises en manque de liquidité n'ont d'autre recours que d'augmenter le prix de leurs produits et services. Des études prouvent que les entreprises qui ne doivent pas constituer de provisions pour défauts de paiement sont en mesure de baisser leurs prix, d'investir dans la technologie et le personnel et, par ricochet, d'augmenter leurs marges bénéficiaires. Un tel cercle vertueux est un authentique bienfait pour l'économie européenne, qui en a plus besoin que jamais.

À l'heure où les instances et gouvernements européens injectent des sommes gigantesques dans l'économie dans le but d'améliorer la situation, une des solutions les plus évidentes est presque systématiquement négligée. Si chaque instance et entreprise se dotait d'un système performant de "credit management", l'Europe guérirait du jour au lendemain de l'épidémie de défaut de paiement. Le "credit management" consiste à évaluer fiablement les risques débiteurs, à estimer la solvabilité des clients et à optimiser les relations financières avec ces clients. Ce n'est que par ce biais qu'il sera possible de prévenir le risque de défaut de paiement, de réduire l'arriéré de paiement et d'optimiser le cash flow. Toujours d'après l'EPI, 65% des entreprises européennes attendent près de 85 jours, en cas de retard de paiement, avant d'avoir recours à une assistance professionnelle pour obtenir le paiement de la somme due. Or, plus un créditeur attend pour réagir, moins il a de chances d'obtenir le paiement auquel il a droit.

Une gestion performante du processus financier
Ventes, Marketing et Finance, qui sont souvent des départements dissociés au sein d'une entreprise, se doivent de collaborer plus étroitement. Il sera ainsi possible de détecter plus efficacement les clients à risques et de prévenir le risque de paiement tardif. En agissant en connaissance de cause, les entreprises pourront soit ne servir que les clients solvables, soit proposer à leurs clients moins fiables des méthodes de paiement alternatives, moins risquées. La règle d'or de Marketing et Ventes devrait être de ne plus se concentrer exclusivement sur les ventes, mais aussi sur l'obtention du paiement des factures, par le biais d'un monitoring permanent de la solvabilité et du comportement de paiement des clients. Ainsi, les entreprises seront en mesure de réagir non pas après 85 jours de défaut de paiement, mais bien plus précocement.

Il est donc grand temps que l'Europe assainisse les processus financiers, de manière à favoriser l'adoption par les consommateurs, les entreprises et les instances publiques de meilleures habitudes de paiement. Dans l'intervalle, les premières initiatives concrètes ont vu le jour dans plusieurs pays. En Scandinavie, une loi généralisant la majoration des factures non payées à l'échéance est entrée en vigueur. Avec succès, manifestement, car les pays scandinaves figurent en excellente position du classement EPI des 'bons payeurs'. La France a adopté une législation similaire en début d'année, tandis qu'un projet de loi a été déposé en Espagne. Vincent Van Quickenborne, le Ministre belge pour l'Entreprise et la Simplification, souhaite également autoriser des dédommagements plus élevés en cas de paiement tardif des factures. Aux Pays-Bas, un taux d'intérêt de 5% est proposé en cas de non-paiement dans les 30 jours. Cette proposition est identique à celle qui est actuellement étudiée par la Commission européenne. Mais elle n'est malheureusement pas encore soutenue par un nombre suffisant d'États membres. Il est donc plus que temps de trancher dans le vif du sujet et d'instaurer en Europe, aux niveaux local, régional et central, une législation susceptible de donner un coup de fouet décisif à l'économie européenne. Un coup de fouet dont le coût ne se chiffrera pas en milliards d'euros.

Par Guy Colpaert

Guy Colpaert, managing director d'Intrum Justitia Belgique, l'acteur numéro un du marché du credit management.
www.intrum.be

Lundi 26 Octobre 2009
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