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Crowdlending : un Lending Club peut en cacher un autre


Par Alexandre Azoulay, président de SGH Capital.




Alexandre Azoulay
Alexandre Azoulay
Menace pour les uns, opportunité pour les autres, les Fintech font couler beaucoup d’encre. Encore plus en présence d’un faux pas, comme pour LendingClub la semaine dernière. Pour le législateur, il va falloir intervenir et parvenir à faire rimer bienveillance et vigilance.

Il faut un commencement à tout. Le 18 avril un drone percutait un avion pour la première fois ; le 9 mai une Fintech faisait la une pour malversation financière. Dans les faits, démissionné par son propre conseil d’administration, Renaud Laplanche, président de Lending Club, s’est fait épingler pour non-respect des conditions de risque fixées par la banque Jefferies lors de la revente d’un prêt de 22 millions de dollars. On sent là comme un parfum de subprime. S’ajoute à cela, la découverte d’un conflit d’intérêt portant sur un investissement personnel non révélé de Renaud Laplanche dans un fonds dont LendingClub a racheté 15% suivant sa recommandation.

Bref, une coupe suffisamment pleine pour faire couler l’encre et voir les chiffons rouges agités de toute part. Il en ressort ce constat : alors que le secteur du crowdlending réclame plus de liberté, il doit aussi être soumis à une régulation plus stricte l’obligeant à respecter un contrôle interne indispensable pour éviter les évènements frauduleux. Une conciliation complexe mais nécessaire.

Sans régulation, il faut s’attendre à d’autres Lending Club

En France, les acteurs du crowdlending sont présents sur le marché depuis moins de deux ans et ont comme cadre réglementaire d’activité un « bac à sable » les limitant à un million d’euros d’emprunt par entreprise et mille euros de prêt par particulier. Le travers de ce contexte expérimental est qu’il oblige les acteurs à faire énormément de volume, ce qui génère sans surprise de la négligence sur la sélection, conduisant à du subprime potentiel. Il en est de même pour les conflits d’intérêt qui commencent à être perçus sur le marché. Sachant qu’aucune de ces structures n’est soumise à l’obligation d’un contrôle interne et, vu que nous parlons de prêts sur plusieurs années, l’absence de supervision ne permet de pas savoir aujourd’hui si d’autres Lending Club sont en pleine incubation. D’autant que l’AMF et l’ACPR n’ont aucune idée des procédures internes de ces startups puisqu’elle ne les a jamais auditées… L’événement LendingClub apparaît donc comme un signe de maturité du secteur avec un écart qui servira, soyons-en sûr, de leçon.

« Il faut arrêter d’ignorer le risque et de faire du subprime ».

La régulation ne concerne que certaines Fintech

Il faut incontestablement de la régulation dans l’univers des Fintech, mais pas pour toutes. Le secteur des Fintech est large : les applications de budget comme Bankin’ ou les robo-advisors comme Yomoni et Marie-Quantier, sont des outils technologiques appliqués au secteur de la finance, et parler de « régulation » pour ces derniers n’a pas de sens. En revanche, les plateformes de crowdlending qui engagent des placements de personnes physiques ou les établissements de monnaie électronique qui cantonnent des fonds pratiquent des activités risquées qu’il faut nécessairement encadrer et contrôler par la réglementation. Reste que pour une startup, devoir répondre aux mêmes contraintes réglementaires qu’une grande banque peut se révéler assez pénalisant, et nombreuses sont celles qui essayent d’y échapper. C’est pourquoi il est désormais indispensable de calibrer intelligemment la réglementation aux startups de la Fintech.

La régulation n’est pas un frein à l’innovation

On se rassure quand François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, évoque lors d’un entretien accordé aux Echos, que « l’introduction de nouveaux acteurs ne se traduira certainement pas par un nivellement par le bas de la sécurité » mais il a raison d’ajouter qu’il faut une « certaine proportionnalité des règles, c’est-à-dire adapter nos exigences à la dimension de l’acteur à réguler ». Car aujourd’hui les exigences de l’AMF et de l’ACPR en termes de contrôle interne (1er niveau, 2ème niveau, audit externe et contrôles), de niveau de fonds propres, ou d’honorabilité des dirigeants sont parfois disproportionnées. Or le marché évolue trop vite pour s’offrir le luxe d’une réglementation reléguant la France au rang de lanterne rouge. Il faut trouver le juste milieu car aujourd’hui certains acteurs sérieux se font couper la route par de nouveaux entrants qui ne se soucient pas de la réglementation et avancent sans en tenir compte. Emmanuel Macron, ministre de l'Economie, déclarait sous les projecteurs de France Fintech : « Les Fintech ne peuvent être ni un no man's land, car la finance ne s'est jamais développée sans un cadre réglementaire, ni un secteur sur-régulé. Il va falloir réglementer et réguler différemment, en cheminant aux côtés des fintech et non pas en les précédant, au risque, sinon, de bloquer leur capacité d'innovation. Le défi, pour la puissance publique, sera de disposer d'un cadre réglementaire souple mais sécurisé ».

Lors du Davos 2016, Emma Marcegaglia, présidente de l’ENI, tançait l’Europe en disant que « face à une innovation, les Américains en font un business, les Chinois la copient et les Européens la régule ». Bougeons un peu les lignes et régulons de façon intelligente. Espérons que les trois collaborateurs de l’ACPR annoncés par M. Villeroy de Galhau pour former un pôle dédié aux Fintech parviennent à être aussi agiles que le secteur qu’ils vont devoir arbitrer, mais sans lâcher prise sur l’essentiel.

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Vendredi 3 Juin 2016
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