Comportements de paiement des entreprises en Europe


Les paiements interentreprises se rapprochent lentement des conditions d’avant crise en Europe. En 2011, les retards de règlement s’établissent en moyenne annuelle à 13,5 jours, meilleure performance depuis le printemps 2008.




En moyenne annuelle, les retards de paiement des entreprises reculent d’une demi-journée en 2011 par rapport à l’année précédente après avoir déjà gagné près d’une journée en 2010. La tendance européenne est tirée par l’Allemagne, dont les retards sont au plus bas, et par la Grande Bretagne où l’amélioration des comportements de paiement s’accélère. En France, les reports de règlement sont très stables. Les paiements se détendent sur l’ensemble des secteurs à l’exception du transport.

Altares, membre du D&B Worldwide Network premier réseau mondial d’informations B to B, constate que les entreprises européennes payent leurs fournisseurs avec un retard de 13,3 jours en fin d’année 2011. En moyenne annuelle, le retard s’établit à 13,5 jours. Les reports de règlement sont au plus bas depuis le printemps 2008. Dès cette période la crise avait été très sensible ; les retards de paiements bondissaient d’une journée et atteignaient 13,6 jours avant d’approcher les 15 jours fin 2008 et en 2009.

Néanmoins, les habitudes de paiement demeurent disparates en Europe. L’analyse détaillée des balances âgées des entreprises, par le programme international DunTrade (1), fait en effet apparaitre des retards de paiement variant de plus de 20 jours dans la péninsule Ibérique, à environ 8 jours en Allemagne et aux Pays-Bas. En fin d’année 2011, la France quitte de peu le podium européen au profit de la Belgique ; les deux pays présentent des retards de paiement proches de 12 jours. Le redressement le plus rapide est à mettre à l’actif de la Grande Bretagne dont les reports de règlement encore à près de 19 jours fin 2009, tombent à 15,7 jours fin 2011.

Les retards de paiement des entreprises européennes sont à 13,3 jours fin 2011

Les reports de paiement des entreprises européennes, descendus sous le seuil des 14 jours en 2011 se rapprochent désormais de 13 jours ; l’année s’achève à 13,3 jours. La tendance est encourageante mais les retards de paiement sont encore au-dessus des moyennes d’avant crise à 12,5 jours.

Traduction de cette détente, au cours du quatrième trimestre 2011, 41,5 % des entreprises européennes règlent leurs factures à l’échéance, c’est-à-dire à la date convenue contractuellement avec le fournisseur. Elles étaient 40,4 % un an plus tôt.

Plus que la proportion de bons payeurs, le taux de retards supérieurs à 30 jours peut davantage être le marqueur de la santé financière des entreprises. En effet, Altares constate, au travers des mesures de performance de ses scores de risque, que des retards de paiement supérieurs à 30 jours sont symptomatiques d’une trésorerie très dégradée et d’une poursuite d’activité compromise. Précisément, les entreprises reportant leurs règlements fournisseurs de plus de 30 jours présentent une probabilité de défaillance multipliée par six. Fin 2011, 8,2 % des entreprises européennes reportaient leurs paiements d’au moins 30 jours ; elles étaient 8,9 % il y a un an.

L’Allemagne est le mètre étalon en Europe avec des retards de règlement tombés sous les 8 jours. Fin 2011, plus de 6 entreprises allemandes sur dix (61,4 %) payent leurs fournisseurs dès l’échéance voire en avance.

Les Pays-Bas, restent bon élève avec des retards de paiement de 8,6 jours. Néanmoins, la proportion de factures réglées à échéance est en retrait très sensible. Fin 2011, 46,7 % des entreprises néerlandaises payent leurs fournisseurs sans retard contre 54,6 % un an plus tôt.

En France, les retards de paiement sont stables aux environs de 12 jours depuis six ans (12,1 jours fin 2011). Cette constance des comportements de paiement, toute satisfaisante qu’elle puisse paraitre, traduit pourtant un non-respect quasi culturel des engagements contractuels en France. De façon immuable, seulement une entreprise française sur trois (33,4 % à fin 2011) respecte les dates d’échéance (33,6 % fin 2010). 5,9 % des entreprises françaises reportent le règlement de leurs factures de plus de 30 jours ; c’est une performance relativement proche de celles de l’Allemagne (4,5 %) et des Pays-Bas (3,4 %) dans une moyenne européenne à 8,2 %.

Contrairement à leurs voisines françaises, les entreprises belges présentent des comportements de paiement plus instables jusqu’en fin 2010. Mais depuis début 2011, le redressement est sensible et la Belgique parvient en fin d’année à descendre sous le seuil historique des 12 jours (11,9 jours), privant donc la France de la 3ème place du podium européen. 41,6 % des entreprises belges respectent les échéances de paiement sur le quatrième trimestre 2011, c’est 5 % de mieux qu’il y a un an.

Au Royaume-Uni, les retards de règlement ont dérapé très rapidement avec la crise des subprimes jusqu’à approcher les 19 jours fin 2009. 2011 confirme une détente rapide. Sur le dernier trimestre 2011, les reports de règlement repassent sous les 16 jours (15,7 jours) soit en baisse de 2 jours sur seulement un an.

En Italie, en 2011 les retards se fixent aux environs de 15,5 jours (15,6 jours fin 2011). 45,3 % des entreprises italiennes respectent les dates de facture fin 2011, soit 4 % de mieux qu’il y a un an. Pour autant, ce bon ratio tient à des délais contractuels plus longs en Italie et au sud de l’Europe qu’ailleurs. Le délai contractuel italien est généralement proche de 90 jours pendant qu’il est inférieur à 60 jours en France, ou d’environ 30 jours aux Pays-Bas ou en Allemagne. De plus, encore 11,4 % des entreprises italiennes réglaient leurs fournisseurs avec des retards supérieurs à 30 jours fin 2011.

En Irlande, les retards de paiement avaient franchi les 22 jours en été et automne 2009. Depuis près de deux ans, ils se stabilisent aux environs de 18,2 jours.

En Espagne, les reports de règlement repartent à la hausse depuis 9 mois. En fin d’année 2011, ils se situent à 22 jours, contre 20,8, trois mois auparavant et 19,8 jours six mois plus tôt. 17 % des entreprises espagnoles règlent leurs fournisseurs avec des retards supérieurs à 30 jours. 6,7 % reportent le paiement de leurs factures de plus de 90 jours. C’est le pire ratio en Europe.

Le voisin portugais est logé à la même enseigne. Au Portugal, les retards de paiement ont atteint 30 jours début 2011 avant de redescendre à 26 jours puis remonter au-delà de 27 jours en fin d’année.

Les paiements se détendent sur l’ensemble des secteurs à l’exception du transport

Les transports demeurent le secteur où les retards de paiement sont les plus longs avec l’immobilier. De plus, les comportements de paiement se tendent en fin d’année 2011, les retards atteignent 15,5 jours. Un transporteur européen sur trois (33,1 %) respecte les dates d’échéances de paiement. Ce taux était de 34,6 % il y a un an et 36,2 % en été 2010. Pour près d’un transporteur sur dix, les retards de paiement dépassent même les 30 jours.

Dans le bâtiment, les comportements de paiement sont irréguliers. Ils se sont tendus durant l’été 2011 avant de se détendre très sensiblement en fin d’année. Les retards de paiement ont ainsi baissé de près d’une journée sur le seul dernier trimestre. L’année s’achève sur un point bas (13,2 jours), meilleure performance depuis 3 ans.

Depuis fin 2009 où les retards de paiement avaient atteint un pic historique à près de 21 jours, le redressement de l’immobilier est très sensible. Depuis six mois, les reports de paiement sont tombés à 15,5 jours.

Dans l’industrie, les retards de paiement ont été ramenés à moins de 14 jours début 2010 avant de se tendre à nouveau en fin d’année 2010 et sur le premier semestre 2011. Depuis l’été, le redressement est réamorcé. Fin 2011, les retards de paiement retombent à 13,5 jours, meilleure performance depuis trois ans et demi mais encore de 2 jours supérieure aux valeurs de 2007.

Dans les services, les comportements de paiement s’améliorent lentement mais régulièrement. Fin 2011, les retards de paiement descendent sous les 13 jours à 12,5 jours, valeur d’avant crise.

Le commerce également s’inscrit sur une tendance favorable. Notamment dans la vente de détail qui affiche les retards les plus faibles depuis début 2008. Tombés sous les 15 jours début 2011, les reports de paiement se stabilisent depuis aux environs de 14,5 jours. Dans le commerce interentreprises, les retards de paiement se fixent autour de 13,5 jours, valeur encore supérieure d’une journée à celles d’avant crise.

Le secteur administratif continue de peser favorablement sur la moyenne européenne. A fin 2011, l’administration affiche 11,4 jours de retards de paiement, lesquels avaient approché 15 jours au plus fort de la crise.

« Risque financier, risque économique, risque pays ! Depuis 2008, les crises n’ont cessé de menacer l’économie européenne et ses entreprises. Parmi ces dernières, les plus fragiles ont été contraintes de fermer, faute de trésorerie, du fait notamment des paiements tardifs de leurs clients », remarque Thierry MILLON, responsable des analyses Altares.

« Rappelons-le, une défaillance d’entreprises sur quatre est due à des retards de paiement, en France comme en Europe. C’est pour combattre ce fléau que la directive européenne du 16 février 2011 a été adoptée. La problématique est d’autant plus sérieuse que la reprise économique, gourmande en BFR, nécessite des fonds peu disponibles sur le marché ; les conditions d’octroi de crédits se sont resserrés en Europe sur le dernier trimestre 2011. C’est pourquoi, la pression sur les paiements interentreprises est attendue plus forte sur 2012. Les délais de règlement raccourcissent en période de ralentissement et s’allongent en période de reprise économique. Le retour des commandes fait mécaniquement augmenter les créances clients plus vite que le chiffre d’affaires. La reprise est donc propice à un allongement des délais et retards de règlement. En France, la LME a permis de raccourcir sensiblement les délais de paiement mais d’une part des efforts restent à faire quant à la relation donneurs d’ordre et sous-traitants, et d’autre part, les transactions européennes, et a fortiori du grand international, échappent encore à une discipline d’harmonisation du délai de règlement. Alors en France, comme à l’international, connaitre et suivre les comportements de paiement réels de ses clients, voire de ses fournisseurs, est indispensable à la bonne gestion de sa trésorerie et donc de sa croissance ».

Altares

(1) Depuis 45 ans aux Etats-Unis et 25 ans en Europe, le programme DunTrade, unique au monde, analyse les informations provenant directement de la comptabilité client de milliers de sociétés participantes.

Vendredi 17 Février 2012
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