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BBC et la Révolution des salaires


Lors d’un récent entretien sur la radio BBC4, Henry Engelhardt, fondateur et propriétaire de compagnie d’assurances, s’étonnait des salaires de ses copains banquiers.




David Laufer
David Laufer
Engelhardt, lui, ne s’octroie un salaire annuel « que » de 540'000 francs (francs suisses), le plus bas des 100 plus grandes entreprises anglaises. Il s’emportait avec véhémence contre les traitements somptueux que s’octroient des banquiers, surtout ceux qui viennent tout juste de recevoir des injections massives d’aide des contribuables : Sir Fred Goodwin, patron de la Royal Bank of Scotland, qui se paie plus d’un million de francs, après que sa banque, et notamment par sa faute, a subi des pertes de plus de 40 milliards de francs. Ou Morgan Stanley qui, après avoir reçu 10 milliards d’aides fédérales en 2008-2009, met de côté 11,4 milliards pour les bonus de 2010.

A ces gens-là, on doit craindre que la crise n’aura rien appris. Ou plus exactement, que les remèdes imaginés par les états ont été si efficaces que la dure leçon de l’échec s’est épuisée avant d’arriver à la salle du Comité de direction, au 44e étage, derrière ses lourdes portes capitonnées. Et ça n’est pas vraiment de leur faute, mais plutôt celle d’un système. Qu’on l’aime ou non, le modèle des entreprises globalisées, même s’il ne durera peut-être pas cent ans, est aujourd’hui le modèle dominant. La taille de ces entreprises – Nestlé, Toyota, Citibank ou WalMart – leur permet de réaliser d’énormes économies d’échelle, de noyer des millions en recherche et développement et, surtout, de rémunérer leurs cadres supérieurs sans parcimonie. Et comme ces entreprises sont « too big to fail », elles sont aussi assurées d’un soutien public en cas de malheur, comme on vient de le constater.

Or ce modèle fonctionnait très bien et sans réelle contestation au sein d’un monde bipolaire, dans la moitié duquel les gens étaient soumis à des régimes dirigistes. Dans ce monde-là toutefois, on se payait encore avec modération, même si déjà le million que Philippe de Weck recevait comme PDG de l’UBS en 1988 choquait certains. Mais aujourd’hui, après l’effondrement communiste, alors que McDonald’s et L’Oréal sont parvenus jusqu’aux confins de tous les mondes, les possibilités de rémunération ont augmenté d’autant et la logique mathématique permet de justifier, alors, que l’on reçoive un bonus de 100 millions pour services rendus. Pourtant, ces banquiers magnifiques ne sont pas propriétaires de leurs entreprises. Si celles-ci coulent, ils ne feront pas comme le capitaine Smith du Titanic : ils iront voir ailleurs et laisseront leurs troupes couler sans eux. Comme ils ne sont pas propriétaires, comme Henry Engelhardt, mais uniquement managers, ils n’intègrent absolument pas la notion de responsabilité. Ce qui a des conséquences tragiques, lorsque l’entreprise en question emploie des centaines de milliers de gens dans des dizaines de pays.

Car non seulement les dirigeants de ces entreprises n’en sont pas propriétaires, ils ne sont pas non plus élus sur une base démocratique. Ce que révèlent péniblement les démantèlements d’usine en Europe, où l'on a vu s’installer un climat de haine et de violence au sein des entreprises, avec séquestration de patrons et incendies volontaires des équipements. Car les employés d’aujourd’hui finissent par considérer leur entreprise comme une seconde maison. Ces tensions entre un monde raréfié qui vit dans l’opulence et jouit du don d’ubiquité et un autre monde qui peine à survivre et demeure profondément ancré et local ne font que s’accentuer. Dans ces tensions la question des salaires intervient pour souligner à quel point le divorce entre patrons et employés est consommé. Il sera donc peut-être nécessaire d’introduire, dans cette mécanique à sens unique, une part de démocratie véritable qui donne aux uns et aux autres non seulement le contrôle, mais aussi le sens des responsabilités.

En 1941, le politologue américain James Burnham disait que si l’on installait l’un des Présidents de General Motors à la table du Soviet Suprême, il n’y verrait que du feu. Burnham ne faisait qu’anticiper ce monde de ces superstructures globalisées, employant des centaines de milliers de personnes avec des méthodes standardisées, pour ne pas dire dictatoriales. Et dans ce monde-là comme au Soviet Suprême, les dirigeants jouissent de pouvoirs étendus, discrétionnaires et assortis de privilèges qu’ils se fixent eux-mêmes et sans aucun garde-fous. Que les uns appartiennent au domaine de la politique communiste slave et les autres à celui de l’industrie automobile américaine ne fait que souligner leurs similitudes profondes. Reste à savoir si leurs destins seront, eux aussi, identiques.

David Laufer
Partenaire expert CFO-news
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Mardi 29 Septembre 2009
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