Quotidien finance innovation, innovation financière journal
Financial Year with Finyear
 
 
 
 


              

Arthur N. Chamberlain avait raison


La dépression provoquée par la politique Cameron-Osborne sera la pire que le pays aura connu depuis la Grande Dépression. La relance budgétaire semble être la seule issue.




Arthur N. Chamberlain avait raison
On se souvient de Chamberlain comme du Premier ministre britannique qui, voulant apaiser l’Allemagne nazie, a contribué à précipiter l’Europe dans la Deuxième Guerre mondiale. Mais peu après le début de la Grande dépression lors de cette même décennie fatidique, il avait été Chancelier de l’Échiquier et c’est grâce à sa politique de relance budgétaire (visant à remettre les prix sur leur trajectoire précédente) que l’économie britannique a quasiment retrouvé son niveau de production d’avant-crise.

Comparons la politique économique de Chamberlain et celle du Premier ministre britannique actuel David Cameron (avec George Osborne, le Chancelier de l’Echiquier, qui abonde dans le même sens): le PIB réel de la Grande-Bretagne n’augmente plus et on peut s’attendre à ce qu’il diminue à nouveau. Si les prévisions actuelles sont correctes, dans moins d’un an la dépression provoquée par l’équipe Cameron-Osborne sera non seulement la pire que le pays aura connu depuis la Grande Dépression, mais probablement la pire qu’il aura jamais connu! C’est un résultat remarquable!

Ainsi que l’écrivait récemment Phillip Inman dans The Guardian, «Le plan de relance britannique… était basé sur un redressement complet en 2012… la confiance des consommateurs, les investissements des entreprises et les dépenses publiques devaient converger pour placer l’économie sur une trajectoire de croissance supérieure à la moyenne.»

Cela n’a pas marché: les ministres «ont fait ce que les économistes de droite leur ont dit de faire sans trop se poser de question - la théorie étant que les dépenses et les investissements du secteur public mettent le secteur privé sur la touche »… L’Espagne montre ce à quoi aboutit l’austérité générée par la récession. Nous semblons [nous les Britanniques] vouloir la suivre sur la voie de la dégringolade…»

L’échec de la relance par l’austérité en Grande-Bretagne aurait dû sonner dans le monde entier comme un avertissement pour tous les partisans de cette politique et les amener à repenser leur choix. L’économie britannique est très ouverte, son taux de change est flexible et permet d’approfondir une politique de relâchement monétaire. Les taux d’intérêt britanniques ne sont pas alourdis par une prime de risque pour indiquer que la peur du chaos économique et politique décourage les investisseurs.

Il est un argument, pas nécessairement pertinent, dont il faut cependant tenir compte : entre 1997 et mai 2010 sous les gouvernements travaillistes de Blair et de Brown, en proportion du PIB les dépenses publiques ont excédé ce qui était raisonnable à long terme. Leur politique s’opposait à celle des pays qui ont réduit leur ratio dette/PIB dans les années 2000 et à celle des USA où le problème n’était pas celui d’une dépense excessive, mais d’une fiscalité insuffisante sous la présidence Bush.

Si l’on prend cet argument au sérieux, l’économie britannique (avec un taux d’intérêt nominal à 10 ans inférieur à 2,1% par an) devrait déjà connaître un boom. S’il y a un pays pour lequel la relance par l’austérité aurait dû être efficace - où les investissements privés et les exportations devraient être à la hausse tandis que les dépenses publiques sont à la baisse, confirmant ainsi le point de vue des partisans de cette politique - c’est bien la Grande-Bretagne.

Pourtant ce n’est pas le cas. Si la relance par l’austérité ne fonctionne pas en Grande-Bretagne, comment pourrait-elle fonctionner dans des pays moins ouverts, qui ne peuvent jouer sur leur taux de change pour soutenir leurs exportations et qui contrairement à la Grande-Bretagne ne bénéficient pas de la confiance à long terme des investisseurs et des entreprises?

Partenaire de Cameron dans son gouvernement de coalition, Nick Clegg, le dirigeant des démocrates-libéraux et vice-Premier ministre devrait mettre fin à cette farce. Il devrait dire à la reine Elisabeth que son parti n’a plus confiance dans le gouvernement de Sa Majesté et lui suggérer humblement de demander au dirigeant du parti travailliste, Ed Milliband, d’en former une nouvelle.

S’il agit ainsi, cela mettra sans doute fin à sa carrière politique et réduira à néant et pour longtemps toute perspective électorale pour son parti. Mais étant donné les difficultés que traverse l’économie britannique - et le bout du tunnel n’est pas en vue - son avenir politique et celui de son parti sont de toute façon compromis pour longtemps. Au moins, une défection de la coalition mal inspirée des conservateurs-libéraux bénéficierait-elle à son pays. Que les dirigeants politiques ailleurs dans le monde prennent note: affamer son propre pays ne conduit pas au redressement économique, et pousser le chômage à la hausse n’est pas une bonne recette pour restaurer la confiance des marchés.

J. BRADFORD DELONG
Université de Californie, Berkeley
Project Syndicate

L’Agefi, quotidien de l’Agence économique et financière à Genève
www.agefi.com

Mardi 14 Février 2012
Notez




Nouveau commentaire :
Twitter

Your email address will not be published. Required fields are marked *
Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *



Recevez la newsletter quotidienne


évènements


Lettres métiers


Livres Blancs