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Antiques Trade Gazette et Léonard de Vinci


A propos d’un célèbre cinéaste polonais pris dans une souricière helvétique, on a beaucoup glosé déjà. Et voilà que, par la bande, un récent électrochoc ayant parcouru le marché de l’art nous permet d’imaginer ce qui serait advenu de la rumeur publique si, au lieu d’être célèbre, génial, âgé, veuf par assassinat et rescapé du ghetto de Cracovie, le prévenu avait été inconnu, plutôt jeune et en bonne santé, agent d’assurances et domicilié à Pittsburgh, Pennsylvanie.




David Laufer
David Laufer
L’Antiques Trade Gazette, référence du milieu, rapporte un fait extraordinaire dans sa dernière livraison : on a « retrouvé » une œuvre de Léonard de Vinci. Il s’agit d’un portrait de profil, typique de la Renaissance, représentant une jeune fille à la chevelure artistement retenue par un filet, un sourire jocondesque finissant de mourir sur ses lèvres. Chef d’œuvre ! entend-on s’exclamer de Houston à Tokyo en passant par Londres.

Or l’histoire de ce chef d’œuvre est pleine d’enseignements, sur le marché de l’art, sur le marché tout court et sur nous-mêmes. En 1998, ce tableau était passé par une vente Christie’s où il avait été adjugé pour la coquette somme de 19'000 livres sterling, plus de 40'000 francs suisses de l’époque. Ce qui est amusant, c’est que l’œuvre, de 33 sur 24 centimètres, avait été formellement identifiée comme « allemande, du XIXe siècle ». Le traître ? Un reflet d’une empreinte digitale du Maître, repérée par une technique nouvelle dans un des coins du tableau, le seul que de Vinci ait peint sur vélum, au pastel et à l’encre. Et on aurait même identifié la jeune femme comme l’une des princesses Sforza, Bianca, fille de Ludovico.

Il avait fallu, avant cela, qu’un expert soit saisi par la grâce à la vue du tableau et comprenne qu’il y avait là, probablement, la main de son génie préféré, objet de ses études depuis plus de 40 années. Exactement comme cet historien de Michel-Ange qui était tombé en arrêt, il y a quelques années, dans la bibliothèque de la Frick Collection à New York, lorsqu’il découvrit, puis authentifia avec toutes les peines du monde, un croquis de pilastre comme étant de la main de. Ou comment l’historien de l’art se transforme en chercheur, et trouveur d’or.

Parce que l’or, ou l’argent, est au centre de la question ici traitée. Le portrait de Bianca Sforza est passé de 19'000 livres à une estimation frisant les 100 millions de dollars, c’est-à-dire 2'500 fois supérieure à sa valeur initiale. Voilà révélés d’un seul coup les deux forces motrices du marché : la valeur réelle et la valeur relative. La valeur réelle de ce tableau, « à l’aveugle », celle qui met tout le monde d’accord en absence de référents et d’information autre que le tableau lui-même, c’est 19'000 livres. Pourquoi si peu ? parce que, tout simplement, ce tableau n’est pas extraordinairement beau, il suffit de le voir pour s’en rendre compte.

La valeur relative est par conséquent bien plus intéressante et certainement plus influente sur le résultat final. Mettez une signature au bas de l’œuvre, authentifiez-là, et empochez la différence. Comme la maison du voisin des Obama à Chicago qui explose sa cote au mois dernier. Cette valeur relative est indissociable, normalement, de la valeur réelle, les deux étant trop étroitement associées dans la réflexion qui précède l’achat pour être froidement soupesées séparément. Mais l’épisode Bianca Sforza permet de mesurer la différence qui existe entre une considération strictement matérielle et une considération influencée par des éléments étrangers, c’est-à-dire entre notre raison et nos émotions : la première a environ 2'500 fois moins de poids dans notre vie quotidienne que les secondes.

Il s’agit de Polanski, mais pas seulement de lui. Car ce que Bianca Sforza nous apprend aussi, c’est que, même quand nous croyons faire un choix froid et rationnel, nous aimons croire que nous le faisons sur la base de notre expérience, de nos lectures, de notre raisonnement, de la réalité qui s’impose à nous. Nous aimons penser, par exemple, que nos choix politiques sont le résultat de notre réflexion rationnelle. Mais ça n’est pas vrai, c’est même 2'500 fois plus faux que vrai. Nous ne sommes tous que des boules d’émotions contradictoires et passionnelles, ballottées ça et là par les rumeurs, les haines, les peurs et les fantasmes. Plus nous faisons face, seul ou ensemble, à des situations complexes, plus notre raison s’estompe et laisse la place aux émotions. Et comme nous l'apprend encore Bianca Sforza, c'est que les émotions, sur le marché de l'art comme en politique, nous coûtent très cher. Beaucoup trop cher.

David Laufer
Partenaire expert CFO-news
www.cfo-news.com/index.php?action=annuaire&subaction=enter&id_annuaire=17005

Mardi 20 Octobre 2009
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