Alerte, les robots ont pris le pouvoir dans la finance !


Par Patrick JAULENT, directeur associé CSC & Mory DORE, responsable risques financiers, Caisse Epargne LDA, Groupe BPCE




Alerte, les robots ont pris le pouvoir dans la finance !
Décrire la réalité du monde avec les chiffres est une tendance qui semble s'accélérer. Ainsi, la technologie numérique s’associe avec les modèles financiers pour montrer que nous, “ humains, ” interagissons avec notre environnement à l’aide de modèles mathématiques. Ces modèles peuvent être très complexes pour une majorité de personnes, mais un commerçant n’a nullement besoin de maîtriser les modèles d’ingénierie financière pour comprendre la situation de son magasin et décider. Pour notre commerçant, même si le hasard ne peut pas être prédit ou contrôlé, il n’est pas moins suggestif. Les modèles mathématiques peuvent être brillants, mais plus ils le sont, plus ils peuvent avoir tendance à vouloir modéliser le monde tel que l’on souhaitait qu’il soit. En fait, le problème n’est pas tant les modèles mathématiques, mais la manière dont nous les utilisons.

Et en termes d’utilisations nous avons franchi la ligne jaune avec les quants, apparus sur le devant de la scène après le krach financier éclair du 6 mai 2010 (Wall Street a plongé de 9% pendant 20 minutes). Pour faire simple, les quants sont des mathématiciens et des programmeurs informatiques réunis dans la salle du système financier mondial Wall Street. Les quants sont au cœur d’une autre révolution dans la finance : le commerce à la vitesse de la lumière via des robots matheux.

L’objectif des Quants est d’éviter de nouvelles crises financières en “ quantifiant ” le comportement humain en matière d’économie et en laissant de côté le hasard et l’aléatoire. Et oui, avec les Quants le comportement humain face aux marchés est déterministe et le marché n’est plus aléatoire !
Vous avez connu le règne des modèles mathématiques financiers basés sur des données aléatoires, vous avez aimé la simulation de Monte Carlo. Désormais tout ceci d’après les Quants, appartient au milieu conventionnel académique ! Aujourd’hui, le monde réel ce sont les Quants et ses robots.

www.onesize.nl/projects/vpro-quants-the-alchemists-of-wallstreet

www.ritholtz.com/blog/2010/04/quants-the-alchemists-of-wall-street/

Mais le problème des quants n’est pas uniquement un problème de robots. Nous pensons en effet, que leurs travaux conduisent presque toujours à la sous-estimation systématique de ce que l’on qualifie d’événements rares.

Sur les marchés financiers, la modélisation mathématique fondée sur l’hypothèse statistique de normalité des distributions de prix et rendements s’est imposée dans trois grands domaines d’activités : la quantification des risques et leur supposée couverture adéquate ; le pricing d’options ; la gestion d’actifs.

Il fut donc impossible de lutter contre ce monopole “ scientifique ” puisqu’il s’agissait alors de montrer que cet environnement gaussien était paré de toutes les vertus dans le monde de la finance moderne.

- les banques de financement et d’investissement (BFI) étaient supposées maîtriser parfaitement leurs risques de marché grâce à un outil “ magique ” nommé Value at Risk. On voit au contraire que dans les périodes de stress personne ne maîtrise plus rien ;

- les filiales d’asset management de ces établissements bancaires étaient supposées gérer de manière optimale les excédents d’épargne des investisseurs particuliers et institutionnels ;

- enfin les agents économiques pouvaient couvrir leurs risques financiers auprès des BFI en ayant recours à des instruments dérivés parfaitement tarifés.

Or, nous avons (heureusement) souvent entendu des scientifiques de renommée internationale nous alerter sur les dangers des méthodologies utilisées pour modéliser la gestion des risques financiers et l’évaluation d’actifs financiers ? On pense naturellement au regretté mathématicien Benoit Mandelbrot disparu en octobre 2010. Mais celui-ci était trop seul face aux dirigeants politiques économiques

1/ Pour ceux-ci, ce type la modélisation unanimiste est idéale puisque les mathématiques (tout du moins une certaine utilisation de celles-ci) permettent de s’auto-persuader que les grandes catastrophes sont quasiment impossibles

2/ Ensuite la minimisation des risques extrêmes permet de continuer à financer les gaspillages et les excès d’endettement qui conduit à des bulles. Il y a derrière tout cela trois types de motivations : Souvent la cupidité, le gaspillage et l’incompétence

3/ La minimisation des risques par les quants légitime également un modèle de développement

- Celui de normes de rentabilité anormalement élevées au regard des fondamentaux économiques (encore la cupidité et le profit mal réemployé)

- Celui aussi d’une ingénierie financière des banques visant à transférer le risque sur certains agents économiques privés pour économiser des fonds propres et améliorer encore et toujours la rentabilité du capital utilisé.

Que faut-il donc faire ?

Tout d’abord, il faut continuer à investir dans la recherche mathématique afin d’améliorer la modélisation (qui comportera de toute façon toujours des insuffisances par construction).

Mais naturellement, il ne faut pas s’obstiner Il faut surtout essayer de mieux comprendre les marchés. On entend souvent dire que pour être un bon professionnel des marchés dans la recherche, le trading et la structuration, il faut être tout à la fois un bon mathématicien, un bon physicien et un bon informaticien (au service de quoi me direz vous ?). Si on peut être tout cela à la fois, ce serait parfait mais si l’on ne s’intéresse pas aussi au domaine de la finance comportementale, tout cet impressionnant cursus ne sert à rien.

Car une chose est sûre: il ne sera jamais possible de modéliser la peur, le mimétisme et encore moins l’impact des contraintes réglementaires, prudentielles et comptables sur les comportements des investisseurs. Or c’est bien la compréhension de ces phénomènes qui peut permettre de gérer et d’appréhender les crises “ modernes” de la finance.

Pour nous, les quants symbolisent la cupidité, la peur et le caractère aléatoire et obscur de Wall Street. Certes, ils furent rappelés à l’ordre par le gendarme de la bourse, mais pensez-vous sérieusement que les choses soient différentes aujourd’hui ?

Pourquoi ne pas accepter l’aléatoire, l’incertitude de ce monde ? Il n’y a aucune honte à accepter l’aléatoire et l’incertitude de ce monde. Nous pensons que la simple reconnaissance que l'incertitude est inévitable change déjà les choses d'une manière fondamentale. Toutefois, cette reconnaissance doit être authentique en surmontant notre aversion pour l'incertitude. Nous devons apprendre à adopter l'incertitude ainsi que l'ambiguïté dans le commerce en vous rappelant que ce dernier n’est pas une science mais un art.

Nous sommes pour une utilisation intelligente des mathématiques en finance et nullement par la mise en équation du comportement de l’homme. Car le charme de l’homme est de surprendre son environnement et pour cela il n’a nullement besoin de robots matheux transmettant des consignes de prix, par exemple, à la vitesse de la lumière. Car de toute manière il sera très difficile, voire impossible de réguler de tels systèmes. Faites l’expérience ce soir dans votre voiture, changez les consignes de votre climatiseur, non pas à la vitesse de la lumière, mais disons toutes les 3 ou 4 secondes (sélectionnez 17°, puis 3 secondes après 23°, puis après 3 secondes 19°, puis 27°,…) et dites nous quelle est la température à l’intérieur de votre véhicule après 10 minutes (ce qui est “ petit joueur’ ” par rapport à une journée dans une salle de marché avec des robots qui transmettent des consignes financières à la vitesse de la lumière !)

A propos de CSC.
CSC et le groupe CEGID organise un petit-déjeuner débat à l’occasion du Baromètre de la fonction financière, réalisé sur la base d’une enquête européenne TNS Sofres. www.csc.com/fr/events/77958-barom%C3%A8tre_phi_2012_tout_se_transforme

Ecrit par Patrick JAULENT, directeur associé CSC & Mory DORE, responsable risques financiers, Caisse Epargne LDA, Groupe BPCE

Vendredi 9 Mars 2012
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1.Posté par yves1107 le 12/03/2012 09:01 | Alerter
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bonjour,

je suis toujours septique à propos des modèles.En effet, la théorie de la courbe de gauss est que les données sous-jacentes soient mesurées dans un environnement stable: ce qui n'est jamais le cas. Les modèles mathématiques sont donc construits avec des fonctions statistiques et des données qui ne respectent pas la théorie sous-jacente. Mais ayant tous une culture cartésienne ces modèles nous rassurent. Certains modèles construits dans les années 70 pour appréhender le comportement des consommateurs ont introduit la motion de comportement illogique pour faire opposition au comportement logique. L'utilisation des modèles nous ramènent au comportement moutonnier des hommes de la finance.

Bonne journée

2.Posté par Samos le 15/03/2012 14:11 | Alerter
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Mr Yves,

Pour la culture Bayésienne, c'est évidemment faux lorsque on a idée les modèles à volatilité stochastiques. ( E(St|Ft-1) != St-1 mais une intégrale de dimension t)

L'objectif des probabilités en Finance est d'estimer une performance moyenne associé à une probabilité d’occurrence. Ensuite, pourquoi la "Gaussiannité" est si omniprésente en Finance: raison "simple", un théorème de "représentation" qui donne la décomposition de tout processus continu par une intégrale stochastique....

3.Posté par Patrick jaulent le 15/04/2012 09:50 | Alerter
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Version anglaise détailleée de l'article sur : http://www.next-finance.net/Robots-have-taken-power-in-finance?fb_ref=2261&fb_source=timeline

4.Posté par hao82 le 15/05/2012 13:52 | Alerter
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Bonjour Patrick,

j'ai lu la suite de cet article sur les Echos ainsi que les commentaires associés. Impressionant! mais aussi froid dans le dos.

A la fin de ces lectures, je me suis dit : êtes vous le co-auteur de la trilogie Terminator?
On a tous vu récemment la pagaille monstre créé par la finance, et la crise économique qui s'en suit, et comme vous dites que 10% de ces personnes sont des psychopathes, soit des malades mentaux quelque part, où vont ils nous amener?

Pour arriver à construire ce système para-mafieux, il doit forcément y avoir à la tête de cette pyramide, un non-psychopathe qui a un but. Avez vous trouvez qui c'était? Une personne individuelle très avide?, un parti politique voulant un pouvoir? une secte voulant s'imposer? l'intelligence artificielle voulant anéantir la race humaine? E.T.?

Y a t il quelqu'un ou un moyen de réguler tout cela?
PS bravo à vous & Mory de la vulgarisation de ce secteur.

Cordialement,

5.Posté par Patrick Jaulent le 31/05/2012 18:12 | Alerter
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Merci pour vos commentaires.

Non, je ne connais pas l'initiateur (s'il existe) de cette situation, mais je connais assez bien quelques "quants" de wall street.

6.Posté par Patrick´jaulent le 12/08/2013 14:33 | Alerter
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Cet article constitue une partie de l'intrigue de mon thriller " Deux tigres sur la même colline"

http://www.midilibre.fr/2013/08/02/deux-tigres-sur-la-meme-colline,741371.php


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