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Agences de notation : l'absence de vraie alternative


Il n’existe pas encore de solution crédible pour se passer des grandes agences de notation.




Agences de notation : l'absence de vraie alternative
Piqué au vif par l’agence de notation de crédit Moody’s qui vient de déclasser d’un coup le Portugal de quatre crans et l’a relégué au rang d’un investissement spéculatif, c’est-à -dire fortement suspect de ne jamais rembourser sa dette, le président (portugais) de la Commission européenne en a profité pour plaider une fois de plus en faveur de la création d’un organisme public européen de notation.

L’idée en a été lancée dès le début de la crise des dettes souveraines. Mais elle n’a toujours pas été concrétisée. Et pour cause. Pour y parvenir, il faudrait revoir toute la réglementation du système financier qui dépend beaucoup de l’avis des agences en question. Un seul exemple: les banques centrales des différents pays européens et la Banque centrale européenne (BCE) elle-même y font constamment référence et obligent tous les investisseurs à tenir compte de leur opinion.

Les notations sont des opinions portant à la fois sur la solvabilité (possibilité matérielle de l’emprunteur de rembourser sa dette) et l’honorabilité (volonté de l’emprunteur de rembourser sa dette) d’une entité notée (Etat, institution ou instrument financier). Ces opinions sont par essence subjectives, donc sujettes à caution. Les trois grandes agences privées Standard & Poor’s, Moody’s et Fitch Ratings détiennent 90% du marché mondial de la notation. Elles ne se comportent pas en arbitres neutres mais font en réalité partie intégrante du monde financier et poursuivent des intérêts personnels. Elles sont des acteurs politiques à part entière. Sinon, comment expliquer que Standard & Poor’s s’arroge le droit de lancer au printemps un avertissement aux Etats-Unis, première économie du monde, à propos de leur endettement ou que Fitch fasse connaître publiquement à la mi-juin son avis bienveillant à propos du compromis franco-allemand pour sauver la Grèce de la faillite? L’année dernière, le Congrès américain a reproché à ces agences qui se prétendent indépendantes d’avoir partie liée avec les acteurs financiers. Critique fondée dans la mesure où ces acteurs choisissent «l’arbitre» et le paient. Le Suisse Thomas Straubhaar, professeur d’économie à l’Université de Hambourg, va encore plus loin en affirmant que les acteurs commencent par observer le comportement des différents «arbitres», puis attendent d’eux qu’ils leur fassent des propositions et se décident en fin de compte en faveur de celui qui leur convient le mieux, c’est-à-dire qui fait la meilleure offre. Comment peut-on parler d’impartialité dans ces conditions ?

Européaniser les agences ne changerait rien à l’affaire. D’entrée de jeu, une agence de notation européenne (par exemple dans le cadre de l’Union européenne) serait à juste titre suspectée de partialité. Le fait qu’elle soit publique la rendrait encore plus dépendante du bon vouloir des Etats qui se mettraient sans doute très difficilement d’accord sur une orientation précise. Elle deviendrait le jouet de la politique. Et les investisseurs privés se méfieraient de ses jugements. La confusion ne ferait donc qu’augmenter. Européanisation ou nationalisation éloigneraient encore du but à atteindre. La Banque des règlements internationaux (BRI), qui en juin a publié dans sa BIS Quarterly Review une étude très technique sur les «rating methodologies for banks», s’interroge sur l’avenir de la notation de crédit des banques et conclut qu’il est loin d’être certain que les acteurs du marché trouveront des alternatives viables aux notations émises par les principales agences. Il n’existe pas de solution de rechange toute faite.

Il serait sans doute judicieux que les Etats prennent des mesures renforçant significativement la concurrence entre agences. Pour que celles qui font connaître leur avis en retard, s’écartent trop de la réalité ou sont considérées comme inutiles par les clients finissent tôt ou tard par disparaître du marché. Et pour que celles qui procèdent à des alertes précoces et formulent des pronostics adéquats voient leur réputation grandir et affluer de nouveaux clients.

L’Agefi, quotidien de l’Agence économique et financière à Genève
www.agefi.com

Vendredi 22 Juillet 2011
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