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2012 : Une entreprise responsable pour éviter la crise sociale


Une économie au bord de la crise sociale.




Lors de la seconde moitié de l’année, les mouvements des Indignés en Europe et aux Etats-Unis ont été les premiers signes d’un capitalisme qui peine à fonctionner. Le système accentuerait le ressenti des inégalités : au pays du rêve américain, ce mouvement a dénoncé qu’un petit pourcent de la population s’accapare 40% des richesses, en France, il a rappelé que les 10% les plus riches détiennent désormais presque 50% du patrimoine national, comme le révèle le dernier rapport de l’INSEE (1) .

Quelle qu’en soit l’appréciation qui en est faite, cette situation conduit à s’interroger sur le fonctionnement de notre système dans son ensemble et, de fait, celui de tous ceux qui possèdent ou travaillent.

Pour fonctionner, l’économie de marché nécessite un environnement économique et social stable, ou tout du moins stabilisé. Or ces mouvements contestataires de plus en plus coordonnés, attisés par la crise, la montée du chômage et les plans d’austérité continuent à prendre de l’ampleur, tant par le nombre de personnes impliquées que par leur intensité. Ces mouvements ont désormais été largement relayés par une part de plus en plus importante de la population. A ce rythme, au « printemps arabe » pourrait succéder un « printemps occidental », sous une forme différente certes, mais suffisamment vindicatif pour ébranler encore davantage notre développement. Il est urgent de réagir. Mais avec quels moyens ?

L’Etat Providence : un modèle durable ?

Depuis les années 70, l’Etat Providence emprunte massivement, entre autre, pour financer ses politiques sociales. La dette publique française bondit ainsi de 20% à 80% du PIB en l’espace de 30 ans. Une accumulation dont nous payons aujourd’hui la facture : à titre comparatif, les 44 milliards d’euros de charges de la dette représentent l’équivalent des deux tiers du budget de l’Education nationale, ou deux fois le budget de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur, soit peu ou prou les recettes de l’impôt sur le revenu. Des coûts qui ne sont pas prêts de diminuer, étant donné l’accroissement des tensions sur les marchés. En outre, ces charges ne permettent même pas de rembourser le capital de la dette pour en diminuer le montant. Faute de moyens, les Etats seraient donc amenés à plus d’austérité, ce qui renforcerait les difficultés sociales. Le cercle est vicieux. Donc de quels autres moyens disposons-nous ?

L’entreprise, le salut de notre système social ?

Aux fondements de notre système est l’idée de permettre à celui qui travaille, entreprend, investit, de créer de la valeur et d’obtenir en retour la juste récompense du risque pris et du labeur fourni. A mesure que le sentiment d’inégalité s’intensifie, la population réclame davantage d’équilibre par une plus grande redistribution des richesses créées. Redistribution qui atteint son point d’inflexion lorsque le fruit du travail marginal redistribué en décourage l’auteur.
La complexité réside en la mise en œuvre d’un système social suffisamment juste pour que celui à terre puisse se relever sans que cela dissuade celui qui veut et peut, par son travail, créer des emplois.

Si l’on prend pour acquis qu’une redistribution complète des richesses n’est pas possible, que l’Etat ne peut pas indéfiniment subventionner le système social de manière artificielle et que l’égalité s’arrête où commence une nécessaire économie de marché, comment peut-on encore améliorer la situation sociale ?

Une partie de la solution réside dans le monde de l’entreprise. Celui-là même que l’on accuse de tous les maux commence à s’imposer volontairement des contraintes sociales et environnementales, dans la continuité des démarches initiées par les autres parties prenantes. Les entreprises définissent ainsi les règles d’un nouveau terrain concurrentiel, plus respectueux de la société et prometteur pour notre avenir.

Le secteur de la grande consommation voit ainsi se développer le premier de ces grands mouvements, lorsque des milliers de grandes marques et distributeurs ainsi que des dizaines de milliers de leurs fournisseurs clés décident de s’attaquer ensemble aux enjeux qu’ils partagent. Ils s’entendent ainsi sur l’application de codes de bonnes conduites inspirés de différents organismes, dont l’Organisation Internationale du Travail, ou d’initiatives gouvernementales telles que l’étiquetage carbone en France.

Niveaux d’émissions de CO2, horaires de travail, programmes d’insertion professionnelle communs : en partageant des règles au sein d’une même industrie, tant en interne que chez les fournisseurs, la valeur d’une entreprise et de ce qu’elle créé ne se limite plus à son chiffre d’affaires et à sa rentabilité. D’autres éléments deviennent tout aussi importants comme le bien-être au travail, la préservation de l’environnement ou les formations proposées.

Une entreprise responsable qui crée de la valeur économique, mais pas seulement

Dans un monde financiarisé à l’extrême, le principe de la main invisible d’Adam Smith selon lequel l’intérêt de chacun contribue au bien du plus grand nombre est mis en difficulté. Une plus grande équité serait d’abord de lier l’enrichissement personnel à la création de valeur et d’éviter certains enrichissements, déconnectés de tout lien à la réalité, qui se révèlent au final destructeurs de valeur : le rachat d’entreprise et revente à la découpe pour une plus-value financière immédiate par exemple ; ou encore le trading à haute fréquence, dit ‘flash trading’, qui ne semble servir que les détenteurs d’automates, en témoignent les cracks boursiers de mai 2010 aux Etats-Unis et d'août 2011 en Europe dont ont été victimes des investisseurs « bons pères de famille ».

L’enrichissement doit être lié à une création de valeur économique mais pas seulement. Une étude récente publiée par le Hurun Report et la Banque de Chine (2), révèle que ceux qui réussissent financièrement dans le modèle chinois cherchent pour moitié à quitter leur pays. Malgré leurs succès, en vivant à Pékin ou Shanghai, ils ne peuvent respirer un air pur, envoyer leur progéniture dans une école satisfaisante ou avoir un second enfant. Un constat qui témoigne de l’importance de la dimension sociale et environnementale d’un système.

Et c’est en Chine aujourd’hui que l’impact social des entreprises occidentales est le plus fort. Pour reprendre l’exemple du secteur de la grande consommation et celui des jouets, c’est en agissant sur l’ensemble de leurs fournisseurs, dont la grande majorité est en Chine, que les entreprises occidentales les obligent à plus de responsabilité sociale. Elles imposent ainsi à leurs fournisseurs des programmes d’insertion professionnelle, des plans de formations, des règles d’hygiène et de soin…

Ce mouvement est juste en train de démarrer. Et plus les parties prenantes, et notamment les consommateurs, -c'est-à-dire nous tous-, seront exigeants, plus le monde de l’entreprise favorisera cette transformation vers un monde socialement plus durable, et ce, sans asphyxier l’économie.

(1) Insee, Enquêtes Patrimoine 1998, 2004 et 2010.
http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?reg_id=0&ref_id=NATnon04244

(2) Reuters France (2011), « La moitié des millionnaires chinois pensent à quitter le pays »
http://fr.reuters.com/article/topNews/idFRPAE79U0IL20111031

Par Dan Vogel, Président Directeur Général et co-Fondateur d’Enablon

Mardi 24 Janvier 2012
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