2 années d’existence des établissements de paiement : volet I - Le paysage français


Au terme de l'année 2011, les registres de l'Autorité de Contrôle Prudentiel publient une liste de 11 établissements de paiement français. Deux années après l'entrée en vigueur de la directive communautaire sur les services de paiement, c'est un chiffre qui peut paraître modeste surtout en comparaison de la situation dans d'autres Etats membres de l'Union ou du nombre d'établissements de paiement d'autres Pays ayant déclaré auprès de l'ACP leur intention d'intervenir en France en libre prestation de services.




2 années d’existence des établissements de paiement : volet I - Le paysage français
La Revue NDP-Les Nouvelles Dynamiques du Paiement consacre deux dossiers à dresser le bilan, à l'échelle de l'Espace économique européen, de la création des établissements de paiement. Le premier volet, consacré au paysage français, dégage une première typologie de ces nouveaux acteurs pour s'intéresser à ceux qui sont les plus emblématiques de la nouvelle approche du service de paiement que ces établissements peuvent apporter : créatrice de valeur ajoutée et porteuse d'une véritable innovation commerciale !

Lorsque la DSP, directive sur les services de paiement 2007/64/CE, a été publiée, de nombreux acteurs des paiements, même parmi les Autorités, se sont demandés à quoi bon créer cette nouvelle catégorie d'acteurs, alors que les établissements de crédit assurent naturellement cette fonction de base de la vie économique ?
Dans notre Pays, où l'existence juridique de ces nouveaux acteurs n'a pas encore pris une forme concrète aux yeux des consommateurs et des commerçants, la question pourrait sembler toujours se poser. Qu'est-ce que les établissements de paiement vont apporter de nouveau au paysage des services de paiement ? Quel sera l'avantage d'y recourir ? Quelle sera leur valeur ajoutée ?

Une directive porteuse d'objectifs ambitieux
La DSP visait trois objectifs principaux. Le premier, c'est l'accroissement de la concurrence par l'arrivée de nouveaux entrants, capables de contribuer à la réduction du coût du service de paiement. Le deuxième objectif, c'est de contribuer à la création d'un grand marché unique des paiements, dans la dynamique de mise en place du SEPA. Enfin, le troisième était de favoriser l'innovation afin de permettre à l'Europe de devenir un pôle de référence en matière de nouvelles solutions de paiement et d'adoption de nouvelles technologies. Sur ce plan, les enjeux liés au paiement ont été bien compris par d'autres Pays en dehors de l'Espace économique européen à tel point que le retard avec lequel les dates-butoirs ont été enfin publiées, crise bancaire aidant sans doute, met aujourd'hui l'Europe en risque de se faire dépasser sur le terrain de l'innovation par d'autres marchés ayant largement la taille critique et dans lesquels les autorités manifestent une volonté résolue de favoriser l'essor de nouvelles solutions.

Les établissements de paiement français : essai de typologie

Un premier regroupement peut être fait à partir des catégories de services de paiement.
Trois établissements sont ainsi purement dédiés aux transferts de fonds. Il s'agit, dans l'ordre de délivrance des agréments : de la SA BNC, à l'origine bureau de change et société de courtage, anciennement issue de la banque niçoise de crédit, puis « bureau de numismatique et de change », qui développe essentiellement une activité de transferts de fonds sur la zone Caraïbes, à partir des Antilles et de la Guyane française. De MoneyGlobe, SAS qui a été créée en avril 2011 pour assurer les transferts de fonds depuis la France, grâce en particulier à un réseau d'agents d'implantation locale. Enfin, la société Tempo France est une SAS au capital de 750 000 €, dédiée aux transferts de fonds avec un agent en Allemagne, qui s'inscrit dans le prolongement d'un projet industriel initié depuis les États-Unis.
Un autre établissement, la SAS Sencillo, au capital social de 183 337 €, dont l'activité d'origine est la vente à distance sur catalogue spécialisé, prévoit d'offrir des services de paiement de transferts de fonds, en complément d'une activité d'émission d'instruments de paiement et de tenue de comptes de paiements.

L'autre établissement de paiement qui a déclaré un service d'émission, c'est AQOBA, le premier établissement de paiement agréé en France qui, avec la tenue de comptes de paiements, offre à la fois des services d'émission et d'acquisition de paiement.

Les six autres établissements de paiement sont déclarés sur des services d'acquisition. Il s'agit d'Afone Paiement, troisième établissement de paiement agréé en France, qui a débuté ses activités opérationnelles en fin d'année 2011 (et dressera un bilan de son début de parcours dans notre prochain numéro), d'Allopass, de Buyster (auquel nous avons consacré un dossier dans notre numéro 63 du 9 mars 2011), de Rentabiliweb Europe et de Cardsoff, dont le président nous détaille sa stratégie dans une interview exclusive publiée ce dossier. Tous ces établissements assurent en outre, la tenue comptes de paiements, y compris Slimpay dont le modèle consiste à proposer notamment aux sites marchands une solution de paiement en mode hébergé, en utilisant les instruments de paiement SEPA.

Le champ d’exercice, limité à la France ou au-delà, fournit un deuxième angle d’analyse.
Pour l'heure, quatre seulement des EP français ont déclaré vouloir intervenir en libre prestation de services dans d'autres Etats membres. Rentabiliweb Europe a ainsi notifié son intention d'intervenir dans sept pays européens (les pays limitrophes de la France, ainsi que la Roumanie et le Royaume-Uni) tandis qu'AQOBA a déclaré une douzaine de pays et qu'Allopass l'a fait pour tous les pays de l'Union européenne.

Quelle typologie commerciale ?

Il ne s'agit évidemment pas de hiérarchiser ici la « qualité » du projet de ces nouveaux entrants : c'est le marché et le succès qui consacreront, au fil du temps, le business model et la façon dont il sera conduit. Notre interrogation est infiniment plus modeste : quel est l'angle par lequel ces nouveaux entrants ont-ils choisi de se présenter sur le marché ?
Pour plusieurs d'entre eux, la réponse réside d'abord dans la technologie employée ou dans le contexte particulier d'achat. Il en va ainsi de Rentabiliweb, dont le nom énonce l'ambition, ou de Buyster qui est dédié au paiement sur téléphone mobile, par la volonté commune des trois principaux opérateurs de téléphonie qui l'ont créé. S'insèrent sur le même créneau des acteurs comme Allopass, cette dernière filiale du groupe Hi-media proposant des solutions de paiement par appels vers un numéro de téléphone surtaxé pour des micros paiements sur Internet. D'autres acteurs s'inscrivent résolument dans une logique concurrentielle avec l'ambition d'apporter un service de qualité à un tarif particulièrement concurrentiel, ouvrant ainsi une concurrence active sur un marché objectivement oligopolistique. AFONE Paiement, porteur d’une offre d’acquisition par TPE classique dans sa fonctionnalité mais particulièrement séduisante en termes de prix constitue le meilleur exemple de cette approche. Enfin, d’autres de ces établissements ont commencé à construire une offre commerciale originale.

Illustrée par l’exemple de Cardsoff, dont la stratégie est détaillée dans l'interview de son président, cette approche fortement novatrice privilégie le service et part des besoins du client : dans ce cas particulier, aide au repérage et à l'évaluation des sites marchands (la "galerie idéale") et le "Pas livré, pas Payé" constituent des vrais services aux yeux de l'utilisateur ! Ils jouent ainsi un rôle attracteur puissant pour que ce dernier privilégie l'usage de ce moyen de paiement nouveau, dont la fiabilité et la crédibilité sont établis par un agrément officiel. 2012 s'annonce comme l'année où les établissements de paiement ayant obtenus leur agrément vont commencer à exister aux yeux des consommateurs et à entrer dans les usages, séduisant par ce qu'ils apportent de neuf dans les usages de commerce.

Jean-Yves Rossi - Président de CANTON-Consulting
Egalement traité dans NDP-Les Nouvelles Dynamiques du Paiement n°78, « 2 années d’existence des EP : volet 1 - Le paysage français » :
- Interview de Philippe Mendil, PDG de Cards Off

CANTON y réfléchit

Experts Services de Paiement : experts du cabinet Canton Consulting, le think tank des nouvelles dynamiques du paiement

Canton Consulting

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75008 Paris
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Thursday, January 12th 2012
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